Témoignages d'Etudiants en 2010

Voici le témoignage de 2 groupes d’étudiants qui ont oeuvré cette année à l’orphelinat de Go Vap. Qu’ils soient tous remerciés pour la tendresse, l’affection qu’ils ont apportées, et pour leurs actions visant à l’amélioration du quotidien des enfants.

Il s’agit d’ :
1. étudiantes en 3ème année de Médecine à l’Université de Genève
2. étudiants en Santé à Besançon (association SOUNVI)


1. Les Etudiantes en 3ème année de Médecine à l’Université de Genève

Quatre étudiantes, Julie Clot, Nathalie Fauchère, Thuy Chau Phan Thanh, Fanny Willen, se sont rendues pour un stage d’ « Immersion en Communauté » pendant 6 semaines au printemps dernier (sous le parrainage de l’association Enfance-Avenir).

Outre les nombreuses actions, leur vécu est éclairant sur le quotidien des enfants, nous vous présentons ici quelques éléments extraits de leur rapport de stage.

Extrait du rapport de stage :

Organisation et fonctionnement de l’orphelinat :

L’orphelinat de Go Vap compte 260 enfants dont 153 handicapés.
« Les ''nounous'' ont pour rôle de nourrir, changer, laver, habiller et surveiller les enfants. Le côté affectif n’est que très peu développé, pour ne pas dire absent.
Malgré leur présence au quotidien auprès des enfants, il semble que pour la grande majorité d’entre elles, aucun lien privilégié, affectif ne s’établisse avec les orphelins. A l’inverse, elles sont souvent assez dures avec les enfants. Lors des repas par exemple, si un enfant ne veut pas manger quelque chose, les enfants sont couchés par terre de manière assez brutale et le repas ressemble plus à du gavage.
A noter que les étudiantes ne se positionnent en aucun cas en juges ; elles relatent simplement une situation en soulignant le contexte économique, culturel et les conditions de vie précaires des « nounous » (leur travail tient plus de la nécessité de gagner leur vie que d’un réel choix de profession, elles ne bénéficient pas de formation et leur rémunération est très faible)
Le week-end, les effectifs sont réduits et les enfants restent constamment dans leurs « lits », sur des nattes.
Trop peu d’intérêt est donc porté aux orphelins et si les moyens matériels sont suffisants (livres, jeux…), ce sont les moyens humains adéquats qui manquent.
Heureusement, des associations et des bénévoles locaux ou de passage comme nous, sont présents à l’orphelinat.
Toutes ces personnes apportent aux enfants ce dont ils ne bénéficient que trop peu : attention, stimulation, jeux, mais aussi affection et tendresse. Ces moments privilégiés font naître assez rapidement des vrais liens avec les enfants et l’attachement est inévitable… Malheureusement, ces instants sont trop éphémères et impliquent à chaque fois une séparation. Nous l’avons expérimenté personnellement. Souvent, il était difficile de se séparer d’un enfant pour donner de l’attention à un autre enfant. Ils s’accrochaient littéralement à nous, et les pleurs voire les crises étaient souvent au rendez-vous. Plusieurs enfants se laissaient alors tomber par terre et se tapaient la tête violemment contre le sol.
Ce qui ressemble chez nous à des caprices, était simplement pour eux une façon d’exprimer un manque d’affection et de tendresse »


Dortoir :

Les lits sont constitués d’un sommier à lattes et d’une simple natte (pour éviter que les enfants n’aient trop chaud). Ce sont des conditions de sommeil difficiles et une bénévole de l’orphelinat nous a raconté qu’un orphelin a développé une otite chronique car il s’était enfoncé un bout de latte dans l’oreille.

 

Salle d’éveil des enfants à l’infirmerie :

Des accompagnants essaient de faire marcher ces enfants et de les stimuler afin qu’ils s’éveillent. Sans cette salle de jeux, ces orphelins resteraient dans leur lit sans rien faire d’autre de la journée.

 

Scolarisation :

Kim Chi, l’institutrice enseigne aux enfants les notions de base de la politesse, comme « dire bonjour », « au revoir », « merci » et s’asseoir correctement. Elle leur apprend également à communiquer entre eux.
L’enseignement consiste aussi au repérage des couleurs à l’aide de jeux, de coloriage… mais également lecture, histoires…, découverte du monde extérieur quand cela est possible.

Les étudiantes soulignent que les enfants qui ne peuvent pas marcher, ou ceux qui souffrent d’un lourd handicap, ne bénéficient pas d’une scolarisation à l’orphelinat. La seule chance pour ces enfants d’intégrer la salle d’éveil, c’est de marcher ; c’est pourquoi l’apprentissage de la marche joue un rôle primordial dans la prise en charge d’un enfant handicapé.

L’action des étudiantes :

Avant leur départ :

1. Récolte de fonds par les étudiantes : au total 923 € dont la ½ versée aux associations « Un Projet pour Tous » et « Enfance-Avenir », et l’autre ½ utilisée au Vietnam.

Elles ont pour cela :
- vendu des pâtisseries à Genève pour 340 €
- obtenu un don de 154 € de l’entreprise « Cendror récupération » à la Chaux-de-Fonds (Suisse)
- sollicité l’aide de leurs familles, particuliers

Nous les remercions vivement pour leur mobilisation et l’énergie qu’elles ont déployée.

2. Collecte de brosses à dents et dentifrices (avec l’aide d’un dentiste du Valais, le Docteur Fauchère)

3. Collecte de 50 kg de vêtements par le biais de « L' Espace de Vie Enfantine de Champs-Fréchets » à Meyrin (Suisse)

A leur arrivée à l’orphelinat :

- stimulation des enfants en classe d’éveil (jeux, activités, accompagnement à la marche…)

- utilisation des fonds qu’elles ont récoltés :

Nous saluons l’initiative des étudiantes : fourniture de 5 chaises montées sur roulettes, semblables aux « youpalas » pour aider certains enfants à la marche.

 

« Un certain nombre d’enfants n’étant pas accompagnés à la marche par les nounous, nous avons eu l’idée de commander et faire construire ces chaises roulantes »

Ces chaises permettent aux enfants de se tenir debout et pour certains de faire quelques pas sans nécessiter l’aide d’une tierce personne.


Avec le reste des fonds récoltés, les étudiantes ont acheté des jouets et ont organisé une sortie à la piscine (location de 2 minibus avec chauffeurs), repas au restaurant pour les enfants et les nounous.
Sortie très appréciée et réussie

Pour terminer, voici quelques-uns de leurs propos remplis de vécu et d’émotion :

Nathalie FAUCHERE : « Malgré la barrière de la langue, nous avons appris quelques mots en vietnamien, et avec beaucoup de gestes, le courant est passé.
Concernant l’accompagnement à la marche, au début du stage, une petite handicapée prénommée Tuc pouvait à peine marcher. Après 6 semaines de marche, elle a commencé à se déplacer seule ; ça a été une grande joie. Je me dis aujourd’hui : ce sera bénéfique pour son futur, et j’ai pris conscience de l’importance de la marche, car elle donne de l’autonomie aux enfants et permet à certains d’entrer ensuite à l’école publique et parfois de quitter ensuite définitivement l’orphelinat
»

THUY CHAU PHAN THAN : « Avant de commencer ce stage, l’intitulé « Immersion en Communauté » me semblait un peu flou. Jamais je n’aurais pu imaginer ce que j’allais vivre. Ce voyage me marquera longtemps, si ce n’est à vie. Nous ne sommes pas allées dans cet orphelinat dans le but de pratiquer des soins, ni même de suivre des médecins, mais à mon sens, nous avons fait bien plus… »

Julie CLOT : « Je ne suis pas prête d’oublier ces quelques semaines passées à Go Vap, j’ai été profondément touchée et me suis attachée aux enfants, trop souvent abandonnés par manque de moyens et à cause d’un système de santé privatif et discriminant envers les plus pauvres »


2. Etudiants en Santé de Besançon – Association SOUNVI

La mission de ces étudiants est de mener entre autres, des actions d’éducation et de prévention en matière d’hygiène…
Nous vous présentons ci-après un extrait de leur expérience vécue à l’orphelinat de Go Vap durant 3 semaines. Leur mission s’est très bien déroulée, la directrice de l’orphelinat les a même invités à partager un repas pour les remercier de leur intervention, pour et auprès des enfants.

« Notre projet au sein de cet orphelinat s’est porté essentiellement sur les enfants de l’infirmerie. Nous avons été choqués par la gravité des malformations congénitales qui touchent les enfants. Un grand nombre souffre d’hydrocéphalie non traitée, entraînant un retard mental important. La plupart est nourrie par sonde gastrique et ces enfants restent continuellement allongés. Ils bénéficient de 3 repas par jour composés de lait et d’eau quelque soit leur âge ! Les nounous donnent le biberon aux plus petits et du lait épaissi aux plus grands.
Beaucoup d’enfants ont les bras et/ou jambes malformés, ce qui les empêche de se maintenir assis ou debout
»

L’action des étudiants :


1. Financement d’actions sur place :

« Nous avons consacré une importante somme d’argent pour le financement d’une opération cardiaque au profit de la petite fille Tram Xa. Nous avons également effectué une commande sur place de chaises de rééducation et de maintien pour aider certains enfants à se tenir debout voire à marcher. Il nous a fallu aussi trouver pour d’autres enfants des chaussures adaptées afin de leur repositionner les pieds correctement. Enfin, nous avons amené de France des balles en mousse pour mobiliser leurs articulations des doigts et de la main »

2. Sur le plan médical :

« Nous avons fait un don au personnel de l’orphelinat de matériel paramédical : gants, compresses, gel antiseptique… Sur place, nous avons manipulé les articulations des enfants, les avons aidés à s’asseoir et pour les moins handicapés à marcher. Nous avons également fait de la prévention d’escarres, ces plaies touchant la plupart des enfants étant donné qu’ils sont allongés en permanence »

 

3. Sur le plan humain :


« Même si la communication verbale était impossible, les échanges sont passés par les gestes, les jeux, la musique. Nous avons constaté l’éveil des enfants et un attachement réciproque »

En conclusion, les étudiants de SOUNVI ont émis le souhait que les futures équipes appelées à intervenir à l’orphelinat, suivent au préalable une formation de kinésithérapie, afin d’apprendre les gestes de base, indispensables à une manipulation et une rééducation efficaces.
Par ailleurs, ils souhaitent qu’une réflexion soit menée sur l’amélioration de l’alimentation des enfants (actuellement : eau + lait par sonde gastrique), d’où une insuffisance d’éléments nutritifs nécessaires à leur croissance.